Regarder autrement #1
Bonjour à toutes et à tous,
J’ai décidé de développer les articles que je partage sur les réseaux sociaux, car il me semble important de pouvoir approfondir certains points liés à la culture sourde, à la Langue des Signes Française (LSF) et à des thématiques plus larges en lien avec mon activité.
À travers le développement de ma micro-entreprise, je rencontre de nombreuses personnes aux profils variés, ce qui enrichit mes échanges et mes réflexions. Il me paraît donc essentiel de pouvoir partager mon point de vue, mes expériences et mes connaissances de manière plus détaillée.
Dans ces articles, mon objectif est de proposer des contenus à la fois pédagogiques et accessibles, afin de sensibiliser un large public et de valoriser l’inclusion. Un bouton de don PayPal est disponible ci-dessous pour celles et ceux qui souhaitent me soutenir.
Dans la rédaction de ces articles, j’utilise également ChatGPT comme outil d’aide à la formulation. Cela me permet d’améliorer la clarté de mes propos, de structurer mes idées et de proposer des textes plus fluides et plus compréhensibles, tout en conservant l’authenticité de mes réflexions.
Intervention au Havre
J’ai réalisé une intervention au Havre auprès d’étudiants en master, à raison de 18 heures de cours réparties sur un mois. Ce format était assez court, ce qui représente un véritable défi, notamment lorsqu’il s’agit de l’apprentissage d’une langue.
En effet, il est difficile d’acquérir des compétences solides et durables en seulement un mois, en vue d’une évaluation. L’apprentissage linguistique demande généralement un travail plus long et progressif, afin de permettre une véritable appropriation.
Malgré cette contrainte de temps, les étudiants ont pu acquérir plusieurs bases essentielles. Ils ont notamment appris à se présenter, ainsi que quelques verbes du quotidien, les mois, les dates et les chiffres. Ils ont également été initiés à la manière de signer les heures, un apprentissage qui demande précision et rigueur.
Je suis consciente que ces thématiques peuvent être complexes à aborder sur une période aussi courte. C’est pourquoi j’ai veillé à leur fournir des supports adaptés, comme des fiches explicatives du type « comment ça se signe », ainsi que le dictionnaire en ligne Elix, afin qu’ils puissent retrouver facilement du vocabulaire supplémentaire et continuer à progresser en autonomie.
Étant donné que ces étudiants évoluent dans le domaine du tourisme, j’ai souhaité proposer une approche pédagogique concrète et immersive. J’ai donc mis en place un projet où chaque groupe devait se mettre dans la peau d’une agence de voyage. Leur mission consistait à imaginer et présenter une offre de séjour de quelques jours dans une destination de leur choix, puis à créer une vidéo promotionnelle visant à donner envie de voyager.
À la fin du projet, j’ai pris le temps de visionner leurs vidéos. J’ai pu constater que, parfois, la dimension liée à l’accessibilité était encore oubliée. Cela n’est pas grave en soi, car c’est un apprentissage, mais cela m’a permis de rappeler l’importance de ce point.
J’ai insisté sur le fait qu’il est essentiel de proposer des contenus attractifs, mais surtout accessibles, notamment pour les personnes sourdes. Dans le secteur du tourisme, cela peut concerner de nombreuses situations : visites de musées, découvertes de centres-villes ou encore expériences touristiques diverses.
Il est primordial de penser à l’inclusion dès la conception des projets, en intégrant par exemple la présence d’interprètes en Langue des Signes Française (LSF), afin de garantir un accès équitable à tous les publics.
Je tiens également à préciser que je suis consciente que cette méthode d’apprentissage n’est pas la plus optimale. En tant que professionnelle de la LSF pendant cinq ans à Paris, auprès de publics sourds et entendants, je connais les réalités de l’apprentissage d’une langue visuelle et les méthodes les plus efficaces.
Je sais qu’il faut du temps, notamment pour apprendre à construire des phrases en LSF, ce qui ne peut pas s’acquérir en quelques semaines.
Dans ce contexte, en seulement un mois, avec tout ce qui a été vu, je suis consciente qu’à long terme, les étudiants ne retiendront qu’une partie des notions, voire moins. C’est pour cette raison que l’utilisation de supports pédagogiques est essentielle, tout comme l’accès au dictionnaire Elix et aux ressources partagées.
Je les encourage également à continuer leur apprentissage à travers des supports culturels, notamment des films comme CODA, Sorda, A Silent Voice, Sans un bruit ou encore Sound of Metal, qui permettent de mieux comprendre les enjeux liés à la surdité et à la langue des signes.
Stage à Paris
Pendant mon stage, j’ai également travaillé sur des aspects techniques du montage vidéo, notamment sur la manière d’intégrer la musique dans un projet et de différencier la parole de la musique dans un logiciel de montage.
C’est un point qui peut représenter une difficulté pour moi, étant donné que je suis une personne qui lit sur les lèvres. En effet, lorsque je ne vois pas la personne parler, ou lorsque la langue utilisée est différente, comme l’anglais, il m’est difficile, voire impossible, de distinguer clairement les éléments sonores.
Avec ma tutrice, nous avons pris le temps de réfléchir à des solutions et à des méthodes de travail adaptées afin de pallier ces difficultés. L’objectif était de trouver des outils et des façons de faire qui permettent de mieux identifier les éléments audio et de rendre le travail plus accessible dans mon processus de création.
Cette réflexion est importante pour moi, car elle répond à une inquiétude réelle concernant mon avenir professionnel avec mes clients. Je souhaite pouvoir exercer mon activité sans que la surdité soit un frein ou une limite.
Il me semble essentiel que cela ne constitue pas une inégalité dans l’accès au travail ou dans les possibilités professionnelles, et je mets tout en œuvre pour trouver des solutions adaptées afin de pouvoir exercer mon métier dans de bonnes conditions.
Studi
D’ailleurs, en lien avec mon école, je vais passer mes examens le 1er juillet. J’avais déjà transmis ma Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH), mais n’ayant reçu aucune réponse, j’ai relancé en février afin d’obtenir des informations sur les aménagements possibles.
C’est à ce moment-là que j’ai appris qu’un document devait être rempli par mon médecin traitant pour la mise en place de besoins spécifiques. J’ai donc rapidement pris rendez-vous en visioconférence avec elle.
Grâce aux sous-titres automatiques disponibles sur mon ordinateur, nos échanges ont été facilités et agréables. Elle a bien compris mes besoins et a pu compléter les documents nécessaires.
Une fois les documents envoyés à l’école, on m’a indiqué que la prise en charge de mes besoins, notamment en ce qui concerne la présence d’interprètes en LSF, devait être financée par mes propres moyens.
Cette réponse m’a fortement interpellée, car il ne me semble pas normal que cette responsabilité repose sur l’étudiant. En principe, les établissements disposent de dispositifs d’accompagnement, comme un référent handicap, permettant justement de répondre à ce type de situation.
Suite à ces différents échanges et à la prise de contact avec les services concernés, j’ai finalement obtenu une réponse claire : je bénéficierai bien de la présence d’interprètes en Langue des Signes Française (LSF) pour le bon déroulement de mes examens.
Cette réponse est essentielle, car elle me permet d’aborder cette étape importante dans de meilleures conditions, avec les aménagements nécessaires à ma situation. Cela confirme également l’importance de faire valoir ses droits et de ne pas hésiter à relancer les démarches lorsque cela est nécessaire.
Mercredi 29 avril 2026 : sortie du film « SORDA »

La sortie du film Sorda attire l’attention, et pour une bonne raison.
Au-delà d’un simple projet cinématographique, ce film vient toucher à un sujet encore trop peu représenté à l’écran : la réalité des personnes sourdes.
Aujourd’hui, la question de la représentation est essentielle. Pendant longtemps, les personnages sourds ont été racontés à travers un regard extérieur, souvent éloigné de leur vécu réel. Avec Sorda, une nouvelle opportunité s’ouvre : celle de proposer une vision plus juste, plus authentique.
Mais une question reste en suspens : ce film réussira-t-il à éviter les clichés ?
La communauté sourde est riche, diverse, et porte des expériences multiples. La langue des signes, la culture sourde, les défis du quotidien mais aussi les forces et les identités… tout cela mérite d’être montré avec respect et précision.
Le cinéma a un rôle puissant : il peut soit renforcer des stéréotypes, soit changer les regards.
En tant que créatrice et personne concernée, je suis particulièrement attentive à ce type de projet. Sorda représente pour moi une attente, mais aussi une vigilance. Parce que chaque nouvelle représentation compte.
Ce film sera-t-il une avancée ? Une vraie prise de parole ? Ou une vision encore trop éloignée de la réalité ?
Une chose est sûre : il ouvre une discussion nécessaire.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Est-ce que vous comptez voir Sorda ?
Interview d’Eva Libertad (réalisatrice et sœur de Miriam Garlo)
Mélanie : Que souhaiteriez-vous que le public ressente en découvrant Sorda ?
Éva : J’aimerais que le grand public se mette à la place des personnages principaux, qu’il ressente ce qu’ils ressentent et qu’il s’interroge sur leurs émotions.Par-dessus tout, je veux que le public comprenne que, malgré les différences qui, parfois, nous semblent nous séparer, nous sommes finalement bien plus proches les uns des autres que nous ne l’imaginons.
Mélanie : Pourquoi ce film est-il important aujourd’hui pour la représentation des personnes sourdes ?
Éva : Il existe peu de films dont les protagonistes sont des personnes sourdes, la communauté sourde a été très sous-représentée sur grand écran. C’est pourquoi toute référence ou représentation de la surdité au cinéma est précieuse à l’heure actuelle. Le personnage d’Angela, avec son cercle d’amis et d’amies sourds, est une référence pour la communauté sourde précisément pour cette raison. Espérons qu’il y aura bientôt beaucoup plus de films mettant en scène des personnages sourds.
Mélanie : Y a-t-il une scène qui vous touche particulièrement ? Pourquoi ?
Éva : Je pense que la scène de l’accouchement revêt une importance particulière dans le film, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est la seule séquence qui ne relève pas de la fiction : je n’ai rien inventé de ce qui s’y passe. Elle est écrite et construite à partir de témoignages réels de femmes sourdes qui m’ont fait part de leurs expériences lors de l’accouchement.
Lorsque j’ai interrogé des mères sourdes pour connaître leur expérience de la grossesse, de l’accouchement et de l’éducation de leurs enfants, et ainsi construire l’histoire d’Angela, j’ai découvert que, même si chaque maternité était différente selon le contexte et la relation de couple, toutes s’accordaient sur un point : l’accouchement avait été une expérience traumatisante.
C’est pourquoi cette scène est réelle. Tout ce qui s’y passe correspond à des moments réels d’accouchements que ces femmes m’ont racontés.
Mélanie : Quel message aimeriez-vous transmettre aux personnes entendantes ?
Éva : La plupart des personnes entendantes ignorent ce que signifie être une personne sourde dans une société entendante et validiste. À moins d’avoir un membre de leur famille, un ami ou un proche qui soit sourd, elles s’interrogent rarement sur les difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées.
J’aimerais que le public se mette à la place d’Angela, l’héroïne, et prenne conscience de l’effort supplémentaire quotidien que représente le fait de vivre avec des barrières de communication et des difficultés d’accessibilité. Des barrières qui, pourtant, ne l’empêchent pas de mener sa vie comme n’importe qui d’autre.
Je dis toujours qu’Angela, l’héroïne, est prête pour le monde, c’est le monde qui n’est pas prêt pour elle.
Mélanie : Pensez-vous que ce film reflète une réalité qui n’est pas encore suffisamment mise en lumière ?
Éva : Tout à fait. Il est surprenant de voir combien de personnes entendantes, après avoir vu le film, viennent nous voir pour nous dire à quel point cela a changé leur regard sur la surdité et les personnes sourdes.
Beaucoup expriment le désir d’en savoir plus sur la communauté sourde et son expérience de vie. Cela montre que le public a envie de faire preuve d’empathie, de découvrir d’autres réalités et d’autres expériences.
Mélanie : Si vous deviez résumer Sorda en une seule phrase, quelle serait-elle ?
Éva : Même si nos différences nous donnent l’impression d’être éloignés les uns des autres, au final, nous sommes toujours bien plus proches que nous ne le pensons.
Mélanie : Après avoir vu ce film, qu’aimeriez-vous voir changer dans la façon dont les gens perçoivent les choses ou dans leur comportement ?
Éva : J’aimerais que le public entendant aborde la communauté sourde avec curiosité et respect.
J’aimerais aussi beaucoup que ce film contribue à sensibiliser le public à la nécessité de lever les barrières de communication et d’accessibilité auxquelles les personnes sourdes sont confrontées au quotidien.
Merci d'avoir lu mon article.
Dimanche 3 mai 2026


A chaque film dont le protagoniste principal est sourd, il y a toujours des publics différents qui se manifestent. Je trouve cela incroyable.
Et Eva a raison d'espérer que des films dont le protagoniste est sourd ( qui a des problèmes d'audition ndlr), se fassent beaucoup plus pour toucher d'aventage de public à chaque fois !